SI C’ÉTAIENT DES CASTORS
«Si c’étaient des castors qui creusaient la roche et barraient la route aux eaux libres, tous les amis de la nature admireraient. Mais ce sont des hommes! Alors on crie au sacrilège. Comme s’ils étaient capables de l’abîmer, cette nature tellement plus grande, tellement plus forte qu’eux. Parce qu’on égratigne les Alpes, ne crions donc pas qu’on les égorge. Elles sont grandes, elles restent secrètes, elles sont beaucoup plus patientes que nous, et plus durables. Elles ont le temps de panser ces pauvres plaies.»
André Guex, Barrages, Éditions Rencontres, Lausanne, 1956.
La montagne, disait-on, panserait ses plaies. Septante ans plus tard, on rehausse les murs.
Les archives de l’époque exaltent le progrès et la prouesse technique, portés par une foi inébranlable dans la capacité humaine à organiser, canaliser et dominer la montagne ; celle-ci apparaît moins comme un milieu vivant que comme une force à soumettre. Cette arrogance héritée révèle ce qu’elle contenait déjà en germe : l’épuisement des ressources et la crise écologique actuelle.
Ce travail ne cherche ni à condamner ni à célébrer les barrages. Il tente plutôt de tenir ensemble les contradictions qui les habitent et qui nous hantent : énergie locale et renouvelable d’un côté, symptôme d’une logique de maîtrise et de croissance de l’autre, qui persiste même quand elle se drape de la vertu écologique.
2025 - en cours